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2002, C'etait le premier roman co-écrit.sur internet au Liban

Roman


Chapître 1

La nuit s'annonce fraîche et belle, le ciel du Liban, éternellement bleu, porte à la reflexion et aux épanchements sentimentaux. Les étoiles, amies célestes regardent, écoutent, taciturnes complices. On ne connaît pas les nuits sans étoiles au Liban, elles au moins sont toujours là, témoins de tout ce que l'obscurité tente de taire derrière les ombres nocturnes et dans le silence des rêves.

Emma, les yeux levés vers le ciel, voyage. La mémoire est en suspension dans l'espace, éparpillée sur la ligne du temps, elle cueille dans ce jardin des bribes de mots, des soupirs, des images, des visages, des voix, des silhouettes, des émotions encore si vivaces, joies et peines à revivre indéfiniment, tant qu'il y aura des étoiles qui perceront ce voile sombre. Rien ne se perd dans l'espace ni dans le temps.

C'est dans une nuit pareille qu'Emma est venue au monde il y a 38 ans. Que de souvenirs emmagasinés au fil des ans, que de rêves encore à éclore. Désormais seule, elle reconstruit sa famille. Et l'espace d'une rêverie, la maison se parfume à nouveau. Ce soir maman fait du tabboulé, l'odeur du persil et de la menthe hachés lui chatouille les narines, la maison s'illumine, des voix brisent le silence, les rires des frères et soeurs, et la vie se ranime, papa fume, tousse et toise les enfants de son regard sévère, il regarde les nouvelles à la télé, mais il faut bien écouter aussi. Emma, 17 ans, est étendue à plat ventre sur un fauteuil et lit un roman qui lui fait monter les larmes aux yeux. Lulu son chat ronronne à côté d'elle et lui martèle le visage de sa queue longue et velue. Autrefois les romans la faisaient voyager; captivée, faisant le vide autour d'elle, Elle y jouait un rôle auquel elle s'identifiait tant et si bien que son humeur s'en ressentait. Ce soir là elle n'entend même pas sa maman l'appeler pour dîner et c'est Lulu qui repond à l'appel éspèrant sa part de jambon. Soudain, une panne de courant, comme d'habitude la surprend comme une désillusion, éclate comme une gifle, surgit comme la réalité, frappe comme le deuil, et Emma désorientée de revenir à la vraie vie, finit par se lever à contre coeur pour rejoindre la famille à table parmi les Ah! et les oh! qui fusent de partout. Elle déteste ces dîners à la chandelle, Emma a besoin de lumière pour évoluer, de couleurs, de chaleur et de beaucoup d'amour pour s'épanouir. C'est à partir de là qu'elle s'est mise à regarder les étoiles, lustres célestes, enfouis dans les insondables profondeurs des univers.

Dans son enfance, Emma n'a pas eu le temps de se créer des amis imaginaires, très vite, elle eut frères et soeurs, pourtant c'est maintenant que cet ami, enfant de ses pensées, est là à ses côtés en cette soirée d'été au balcon de sa maison à la campagne. Seule, elle parle avec lui en plongeant son regard dans le firmament, comme si elle savait lire ses paroles dans les étoiles. D'ailleurs de ce langage elle semble connaître tous les secrets, les nuances, les accents.

Toby est son meilleur ami céleste, c'est un peu son homme idéal, celui qui ne la deçoit jamais, ne ment pas, à la fois fidèle et libre, un homme ayant toujours quelque chose à dire et renouvelant sa conquête à chaque instant, des qualités qu'elle a toujours recherchées en vain parmi les hommes qui ont silloné sa vie. Emma n'est pas de ces femmes capables de vivre à la traîne d'un homme; fière, indépendante et pourtant entière, aucun n'a pu lui mettre des chaînes ni la faire vivre dans son ombre. Pourtant elle sait être discrète et effacée quand il le faut, tendre et passionnée, attentionnée sans l'étouffer, une femme quoi, qui sait ce qu'elle veut et surtout ce qu'elle ne veut pas.

Mais Toby papillonne dans les étoiles, il veille à ce qu'elle demeurent lumineuses, les soigne, les entretient, comme un bon jardinier du ciel. Souvent, à son anniversaire, seule dans sa maison vide, à peine éclairée, toby l'appelle et lui fait cadeau d'un collier d'étoiles ou d'un diadème de quasars, n'est-elle pas sa reine? Et le visage d'Emma s'éclaire à nouveau. Au fond, elle n'est jamais toute seule, jamais assez seule pour pleurer. Malgrè tout, elle ne l'a jamais invité à la rejoindre, elle attend qu'il se décide lui-même. Viendra-t-il un jour sonner à sa porte? Cet homme qui n'a pas de visage? Comment aura lieu la rencontre? A quoi ressemblera-t-il? parleront-ils ou le silence parlera de lui-même? Regrettera-t-il d'avoir abandonné son jardin d'étoiles? Oubliera-t-il le chemin du retour? Les pensées les plus folles assaillent Emma qui n'a réponse à rien. Un long soupir tente de soulager son coeur inquiet. Et s'il lui arrivait de lui fausser compagnie? Elle en mourrait de tristesse. Emma ne peut même pas imaginer de souffrir la douleur d'une absence en plus, ses parents étant morts, ses frères et soeurs vivant à l'étranger; ah non! Pas Toby. De plus il ne risque pas de s'égarer dans ses étoiles, ceci la rassure pour un instant.

A la fin de l'éte, lorsque les éstivants sont rentrés chez eux, les villageois reprennent leur rythme lent des hivers rigoureux de la campagne et s'endorment tôt pour se réveiller avec les premières lueurs de l'aube. Il est vingt trois heures et le calme est presque absolu. Les montagnes voisines ressemblent à de petites parcelles de ciel irrisé d'étoiles qui s'éteignent une à une plus le temps s'enfonce dans la nuit. Plus haut, une étoile filante; Emma a passé l'âge de faire des voeux. Jeune, elle en a tellement fait en vain qu'elle s'en est retrouvée toute lasse et désabusée."Bonne nuit Toby", murmura Emma, "demain je retrouve mon école et mes nouveaux élèves de Francais en classe de bac. Une nouvelle année s'annonce, fatigante mais riche." Emma rentre dans sa chambre, enfile son pyjama, se love comme un enfant dans son lit, une dernière pensée pour Toby et entame sa prière du soir. Soudain, on sonne à la porte…………

Cloclo

(Suite du premier chapître Par Maya Habchi El Achkar)

Une sonnerie insistante qui l'a fait se redresser dans son lit d'un coup. Elle jette un regard furtif au réveil - matin rose posé sur sa table de nuit: Vingt trois heures! Son coeur s'arrête presque de battre, ou, bat-il tellement fort qu'elle ne le sent plus dans sa poitrine? Paralysée de peur, d'angoisse, d'hésitation, elle reste clouée sous sa couverture perplexe: Qui pourrait bien sonner à sa porte à cette heure-ci? Elle regarde son réveil-matin de nouveau: Vingt toirs heures et deux minutes. Son tic-tac prolonge le suspense. Compagnon de son adolescence, ce réveil, elle le traîne partout où elle va, même lors de ses voyages, il est le premier à prendre place dans sa valise. Son tic-tac ce soir-là, lui paraît étrange, étranger, voire hostile.

Vingt trois heures et trois minutes: On sonne encore une fois! Emma n'y tient plus. Instinctivement, elle décroche le combiné du téléphone forme le numéro de ses voisins. Mais elle raccroche aussitôt! Leur dire qu'on sonne à sa porte à vingt trois heures du soir? C'est ridicule et puis, ses voisins sont à quelques centaines de mètres de chez elle, comment pourront-ils deviner qui est l'intrus qui perturbe le calme de sa nuit? Trop fière pour leur avouer son appréhension, elle, qui depuis la mort de ses parents et le voyage de ses frères et soeurs a mené sa barque toute seule sans avoir recours à quiconque, et s'est prise en charge très tôt faisant l'admiration de tout le village?

Elle raccroche donc et quitte son lit. Ouvrir ou ne pas ouvrir , telle est la question! se dit-elle en chaussant ses mules. Emma ésquisse un vague sourire: "Même dans les moments les plus incongrus de ma vie, mon penchant vers la littérature prend le dessus", pense-t-elle. "Shakespeare, qu'aurais-tu fait à ma place?

"La troisième sonnerie la surprend dans le petit corridor qui va de sa chambre au salon. Elle s'adosse au mur comme figée: Et si c'est quelque mauvaise nouvelle venue de l'étranger? De l'Australie où ses deux frères vivent avec leurs familles ou du Canada où sa soeur poursuit ses études? Instinctivement, Emma fait le signe de Croix, ferme les yeux avec ferveur:" Mon Dieu, faites que ce soit tout sauf cela! Seule! Tellement Seule. Sa solitude prend soudain des dimensions immenses à ses yeux, l'étouffe, la prend à la gorge comme un étau. "Toby !" murmure-t-elle, " aide-moi! Je n'ai que toi! Quitte tes étoiles pour un instant, pour un instant seulement et vole à mon secours." Elle traverse le corridor sur la pointe des pieds, se dirige vers la porte et regarde à travers le judas.

Ce qu'elle voit enfin, augmente son émoi! Un personnage déguisé en clown se tient sur le perron avec un immense bouquet de roses, et rouges de surcroît! Le souffle coupé, elle met une main sur son coeur qui bat la chamade et son bouleversement ne fait que s'accroître! Une quatrième sonnerie la pousse à réagir enfin.

- Qui est là? demande-t-elle.

- Ah enfin vous vous décidez! Mademoiselle, j'ai un colis urgent pour vous!

- C'est de la part de qui? Crie-t-elle de nouveau comme pour surmonter son angoisse.

- Je ne suis qu'un coursier, répond le clown, et l'on m'a sommé de ne pas quitter votre porte sans vous le livrer. Ouvrez s'il vous plaît, c'est une surprise!

En un clin d'oeil, mille et une pensées traversent son esprit: Et si tout cela n'est qu'un piège? Des voleurs, des cambrioleurs, des criminels même, le pays en regorge. Qui peut bien lui envoyer des roses rouges à cette heure tardive de la nuit? Une farce peut-être? Qui en a eu l'idée? Elle fait un tour d'horizon rapide mais aucun nom, aucune personne de sa connaissance ne porte à ses yeux la possibilité d'une pareille démarche.

- Eh bien, laissez-le sur le perron, je le récupererai plus tard, rétorque Emma.

- Impossible, vous devez signer le récépissé, dit le clown patiemment.

- Passez-le par dessous la porte, si vous croyez que je vais ouvrir à cette heure-ci, vous vous trompez …

- C 'est comme vous voudrez, mais vous ratez la surprise. Et le clown glisse le petit papier sur lequel sont inscrits le nom d'Emma et son adresse, ajoutant: Voilà, n'oubliez pas d'inscrire l'heure de la livraison.

- " L'heure "anormale" voulez-vous dire " dit Emma à bout de patience, en signant nerveusement et glissant le reçu vers l'inconnu.

- Maintenant, allez vous-en s'il vous plaît, vous m'avez assez gênée comme ça.

Le clown murmure quelque chose d'incompréhensible et s'en va. Par le judas, Emma le suit du regard jusqu'à ce qu'il franchisse la grille du jardin, démarre sa voiture et disparaisse dans la nuit. Trés vite alors, elle ouvre la porte, s'empare du fameux bouquet et vlan, la referme à double tour. S'affalant sur le tapis de l'entrée avec le bouquet sur les genoux elle s'adosse contre le mur haletante, les yeux fermés, question de retrouver ses sens, et reprenant son souffle, Emma remarque une enveloppe en son nom, attachée au bouquet avec un ruban rouge. Elle l'ouvre avec des doigts hésitants, et en sort un papier blanc sur lequel court une encre de couleur turquoise. Ce qu'elle lit enfin la laisse sans voix !...

Maya Habchi el Achkar

"Chose promise, chose dûe", lit Emma en première ligne, ne reconnaissant pas l'écriture. "Je suis au Liban pour un séjour assez long, arrivé ce soir de Paris. J'ai hâte de vous revoir." Olivier Debar. "Non! Mais je rêve!" S'écrie enfin Emma.

Cloclo

Fin du 1er chapitre.

 

Chapitre 2

Paris a et aura toujours une place particulière dans le cœur d'Emma. Chaque année au début de l'automne et avant la rentrée scolaire, elle y séjourne une quinzaine de jours chez une tante maternelle qui y réside depuis plus de trente ans. Paris est en quelque sorte son deuxième pays natal. Elle y va chaque année comme on va en pèlerinage. Déambuler dans ses rues, chiner aux puces, rêver dans ses cafés terrasse … C'est à Paris seulement que l'envie de fumer la prend et elle s'y met avec excès, des Gitanes sans filtre symbole d'une intensité que seul Paris lui procure. Pourtant, jamais elle n'a pensé à s'installer dans la ville lumière chère à son cœur. Emma prétend que le rythme de vie y est stressant à la longue et le climat n'est pas vraiment son allié car elle est de ces personnes qui adorent le soleil, comme dans leur temps, les Incas en faisaient leur dieu. S'installer à Paris est donc hors de question pour elle mais le visiter tous les ans est vital.

Sa tante maternelle est veuve depuis longtemps. La vie l'ayant privée d'enfant, elle attend impatiemment la venue d'Emma chaque année. A Paris, Emma raffole de ces longues marches sous la pluie, pour elle c'est le summum de la liberté, d'ailleurs elle ne porte jamais de parapluie ou de chapeau. Là-bas, tout est permis car, qui regarde qui en fin de compte? Contrairement à son pays où chacun n'a d'yeux que pour chacun. Cette année seulement est une exception. Emma a ajourné son voyage pour Noêl, sa sœur devant la rejoindre du Canada pour passer les fêtes avec elle.

L'an dernier donc, à la mi-septembre, Emma s'est retrouvée dans la ville lumière. Montmartre, l'un de ses lieux favoris, fourmillait de monde ce jour-là. Elle prit place devant une petite table sur la terrasse d'un café et commanda un cognac, histoire de se réchauffer un peu les os, le ciel était plus ou moins dégagé mais il faisait bien froid. Un homme jouait de la guitare sur la même terrasse, la quarantaine passée, les cheveux châtain-clair, les yeux d'un vert profond, il chantait d'une voix chaude et envoûtante. Les clients du café écoutaient attentivement ces mélodies. Emma se demanda s'il chantait par amour de la musique, pour l'argent, ou s'il faisait partie du personnel du café. Elle remarqua une liasse de papiers posée à ses pieds, c'etaient des brochures, elle se dirigea vers lui, en prit une et regagna sa place . " OLIVIER DEBAR CHANTEUR- MUSICIEN POUR ANIMER VOS SOIREES ET EVENENEMENTS ", lut-elle.

Quand elle leva les yeux, elle s'apercut qu'il la regardait incessamment tout en chantant. Elle esquissa un sourire discret, qu'il lui rendit illico. Ces chansons n'avaient rien de léger, au contraire, c'étaient de pures chansons à texte et les paroles qu'Emma écoutait, étaient lourdes de sens, émouvantes. Elle commanda un autre cognac et attaqua son paquet de Gitane. Pour une raison qu'elle ignorait, elle ne pouvait se décider à quitter la terrasse tant que cet homme chantait. D'ailleurs, les autres clients restaient aussi collés à leurs chaises. Quand Olivier Debar s'arrêta pour commander une bière, elle eut un pincement au coeur mais pas pour longtemps car le monsieur en question posa sa guitare et s'amena vers elle avec son verre, Le coeur d'Emma fut sur le point de s'arrêter.

- Puis-je vous voler une cigarette? demanda-t-il gentiment. Elle lui tendit le paquet sans un mot.

- Vous n'êtes pas Française n'est-ce pas? Elle fit signe de la tête que non.

- Vous avez un teint de méditerrannéenne. Grècque? Elle hocha la tête négativement.

- Italienne? Espagnole? fit-il avec insistance. Emma hochait la tête mécaniquement. Il tira de sa cigarette une longue bouffée, puis d'un air malicieux dit:

- Je donne ma langue au chat, qui a mangé la vôtre?

- Je suis Libanaise rétroqua Emma dans un sourire.

- Et pas muette! Merci mon Dieu! Dit-il en levant les bras vers le ciel. Libanaise alors!

- Vous écrivez vous-mêmes vos chansons?

- Je fais de mon mieux …et vous? Vous faites quoi dans la vie?

Elle s'entendit alors lui raconter qu'elle était prof de Français depuis 13 ans, qu'elle venait à Paris tous les ans pour s'imprégner de sa beauté, qu'elle adorait son métier, que le contact avec ses élèves était unique voire trés enrichissant, qu'elle vivait seule dans la maison de son père, que ce n'était pas vraiment facile de le faire dans un pays comme le sien et blablabla et blablabla…

A son tour, il lui raconta que depuis qu'il était tout jeune, il n'a jamais voulu faire quoique ce soit dans la vie à part chanter, qu'il ne sait rien faire d'autre et que tôt, trés tôt, il quitta la maison familiale pour ne pas être obligé de faire partie de la grande compagnie d'assurance que son père tenait, à l'instar de ses deux frères. Son père ne le lui avait jamais pardonné et depuis lors, il vivait de ses propres moyens. Un jour il se réveillait riche et le lendemain il s'endormait le ventre creux, et que tout cela n'avait point d'importance puisqu'il vivait pour chanter, il ne chantait pas pour vivre.

La nuit les surprit sans qu'ils ne s'en rendent compte. Quand Emma regarda sa montre, elle poussa un cri de stupeur et se leva brusquement de sa chaise en s'excusant de devoir partir puisqu'elle était invitée à dîner et était déjà trop en retard.

- Puis-je vous voir demain au moins? Lui demanda-t-il. Elle fit oui sans hésiter.

- Même endroit? Tenez, inscrivez vos coordonnés ici, au cas où vous me laissez pour compte…

Dans sa hâte de partir, elle nota son nom, prénom, adresse, et son numéro de téléphone…Au Liban.

- A demain donc, lança-t-elle.

Emma revint le lendemain au rendez-vous mais monsieur Debar n'y était pas. Elle s'assit à la même table pendant deux longues heures mais il n'y avait aucune trace du chanteur. Lasse et fatiguée d'une longue attente qui de plus lui parut ridicule tout d'un coup, elle quitta les lieux irritée. "Monsieur Debar m'a posé un lapin, il s'est payé ma tête ", pensa-t-elle en se dirigeant vers la bouche de métro la plus proche. Elle s'acheta un billet de cinéma et sans se soucier du film qu'on projetait, s'affala dans son siège et ferma les yeux. Olivier Debar avait fait bouger quelque chose en elle, quelque chose qu'elle avait oublié ou plutôt qu'elle avait voulu oublier: L'Emotion. Depuis qu'elle avait perdu son fiancé durant la guerre, fauché par une balle de franc-tireur, 12 ans auparavant, Emma avait porté le deuil de tout ce qui tournait autour de l'amour et les relations affectives. Elle avait fermé la porte de son coeur non sans regret mais avec beaucoup de conviction. On ne l'y reprendrait plus. Telle était devenue sa devise. Courtisée sans arrêt, recherchée, désirée, cela ne l'impressionnait guère et même si Karim, son fiancé, faisait désormais partie du passé lointain et que son souvenir perdait de son intensité, cela ne l'encourageait point à redémarrer un nouveau projet d'engagement. La mort avait frappé Emma dans ses êtres les plus chers, elle n'avait ni la force, ni la volonté ni surtout le courage de jouer son jeu à nouveau. Mais Olivier Debar l'avait fait vibrer à son insu. Etait-ce à cause de l'endroit? De l'ambiance régnante? Etait-ce uniquement pure question géographique? Affalée sur son siège, dans l'obscurité de la salle de cinéma, elle ruminait ses pensées sans arrêt. La conversation qu'elle eut avec le chanteur était spontanée, franche, dépourvue d'artifice. Les mots sortaient facilement, coulaient doucement. Le cognac en était-il la cause? Emma savait que non. Quelque chose en Olivier l'avait réveillée mais quoi? Et pourquoi avait-il loupé leur rendez-vous? Etait-ce un signe du destin qui lui faisait comprendre qu'elle était vouée à rester seule?

Quand la salle s'alluma, elle eut l'impression de revenir d'un long tunnel noir. Elle se frotta les yeux et toute engourdie encore par sa léthargie, elle quitta la salle résignée. "Enchantée d'avoir fait votre connaissance Monsieur Debar ", pensa-t-elle en rentrant chez elle, "d'ailleurs je quitte Paris dans deux jours, qu'aurait-il pu se passer entre nous dans ce laps de temps? "

Assise sur le tapis de l'entrée, le bouquet de roses rouges sur les genoux et la petite lettre à la main, Emma est comme hébétée. "Comment Olivier Debar a-t-il pu se procurer mon adresse? Que fait-il au Liban ? Comment se rappele-t-il de moi un an après?...Il se fait tard, mon Dieu, j'aurai certainement l'air d'un Zombie demain à l'école ", se dit-t-elle affolée. Elle met les roses dans un vase sur la table de la salle à manger et regagne son lit. Les évènements de cette nuit l'ont troublée, mais pour une raison qu'elle se refuse à admettre, elle a le coeur allègre et une envie folle que le matin arrive.

Maya Habchi El Achkar

Fin du 2e chapître

3e chapitre

Le premier jour d'école s'est bien passé. Comme tous les ans elle joue son petit tour aux éléves, question de les impressionner. Tout d'abord elle fait l'appel, ensuite elle choisi un nom au hasard tout en promenant avec désinvolture son regard sur la classe, cette année, elle a choisi Joseph et l'a prié de se présenter, d'où vient-il, quel àge a-t-il etc... Ce dernier, les yeux ronds et tout étonné lui demande: "Moi?"

-Bien sûr et qui d'autre? Lui répond-elle avec assurance.

-Mais comment avez-vous retenu mon nom? Quelle mémoire!" s'exclame-t-il sur un fond de "Ah!" chuchoté à l'unisson par ses collègues.

Eh oui ça marche à chaque fois et les élèves les plus frimeurs sont sur leurs gardes pour le restant de l'année.

La rentrée est toujours fatigante. Les jambes lourdes d'être restée debout toute la journée, Emma se rend chez elle, s'oublie sous la douche, ah que l'eau est bienfaisante! L'eau a toujours eu sur elle cet effet à la fois purificateur et libérateur, lui donnant la possibilité lorsqu'elle est en mer- et là le plaisir est sans bornes- de défier la pesanteur, de se sentir toute puissante, légère, souple, maîtresse de son corps et de ses mouvements. Emma a un coeur de sirène, mais une sirène qui regarde trop haut: La nuit quand tout sommeille, son coeur tend vers les étoiles.

Assise sur sa balançoire au balcon, Emma plonge son regard dans le ciel bleu de la nuit qui s'annonce, lui revient à l'esprit ce poème de Verharen qu'elle récitait si bien déjà en classe de neuvième: "Pâle étoile du soir, messagère lointaine, dont le front sort brillant des voiles du couchant, de ton palais d'azur au sein du firmament, que regardes-tu dans la plaine?…"

Il est vingt et une heures, elle ferme les yeux et rejoint Toby. Pour la première fois elle hésite à entamer la conversation, Emma sent qu'elle a en quelque sorte trahi son compagnon du ciel, car l'image d'Olivier, ses cheveux longs et chatains ses yeux au vert si profond et intense, ont hanté sa journée. Pour la rassurer, Toby envoie dans le ciel une étoile filante, puis une autre et encore une autre. Toby sait tout puisqu'il est son miroir, son âme soeur. Mais pour la première fois, cet ami qui vit dans son imagination et dont elle connaît la silhouette mais pas les traits, prend un visage! Le visage d'Olivier! "Non" se dit emma, "ce n'est pas juste, Toby c'est Toby et personne ne pourra jamais prendre ta place dans mon coeur. Tu es l'enfant de mon coeur et de mon esprit, tu es si parfait que tu ne peux avoir un visage comme tous les autres. Pardonne-moi si ma pensée me trahit et me joue des tours, j'en suis désolée mais cette image, ce visage reviennent hanter mon esprit malgrè moi."Emma essaie en vain de chasser l'image d'Olivier, elle revient sans cesse, impunément, comme une intruse, se placer entre elle et Toby, violer le sacro-saint de son jardin secret, l'envahir comme un virus comme une maladie, comme un espion indésirable. Emma est intérieurement en colère contre elle-même, contre la vie, contre Olivier Debar qu'elle a à peine entrevu un jour de pluie à Paris et qui persiste à raviver en elle une flamme qu'elle a crue à jamais éteinte en son coeur.

"Je suis morte à l'amour Toby, aux émotions, je ne connais plus le sens du plaisir, du bonheur d'aimer, je suis incapable d'avoir mal, je suis morte à la douleur et à la déchirure de la séparation. Je me suis toujours convaincue de ma force et de ma puissance face aux sentiments. Aide-moi, je ne voudrais surtout pas faiblir, je suis bien ainsi, dans ma solitude, en sécurité, je ne voudrais pas que cela change. Ote ce masque qui te fait ressembler à Olivier, tu as toujours été le plus beau, et c'est justement pour cela que tu n'as pas besoin d'un visage, ne me torture pas mon ami." Et voilà Emma qui fond en larmes comme une enfant, pleurant toutes les larmes retenues depuis des années, sentant monter en son coeur tous les cris refoulés, toute la colère étranglée au fond de sa gorge; et tout réapparaît à nouveau, comme un film qu'on déroule à l'envers; la blessure est mise à nue, la douleur est encore brûlante comme au premier jour, présente, cuisante. " Non, je refuse" s'écrie Emma dans un sanglot à voix haute pour s'entendre elle-même:"Non tout cela est du passé je ne le revivrai plus jamais."

Les yeux humides, Le ciel de la nuit et ses constellations lui paraîssent encore plus brillants; pour consoler Emma, Toby ordonne à ses étoiles de resplendir de mille feux. Lasse de ces débordements Emma somnole sur sa balançoire, sa respiration est saccadée, entrecoupée de ces hoquets qui suivent les sanglots. Elle croit entendre venue des étoiles une berceuse monotone et finit par s'endormir. La nuit est douce, il est vingt et une heures trente, on sonne à sa porte! Les yeux bouffis par les pleurs dont elle a honte, Emma se lève lentement pour aller ouvrir, encore engourdie par le sommeil, elle manque de trébucher en cognant la table du milieu du salon et elle s'entend crier "j'arrive, patientez".

La porte s'ouvre sur ce même clown affreux de l'autre soir, Emma se réveille d'un coup et demande:

-"Encore toi?"

-Oui madame, encore un bouquet pour vous.

Ayant pris le bouquet de fleurs des champs superbement arrangées, Emma referme la porte le coeur battant à se rompre. Sur la carte elle lit ceci:

"Le vin du Liban est excellent, j'ai deux bouteilles avec moi, du fromage Français, une baguette et je t'attends devant ta maison, voudrais-tu ouvrir à l'inconnu que je suis?" Signé: Olivier Debar.

Emma reste interloquée. Que faire? Elle connaît à peine cet homme et il a le toupet de venir à l'improviste! "Non je ne le recevrai pas", se dit-elle. Puis après un moment d'hésitation" j'ai receptionné le bouquet, il sait très bien que je suis à la maison." Emma se décide à sortir lui parler sans pour autant l'inviter à rentrer."Pour qui me prend-il? Comment ose-t-il se présenter après vingt et une heures du soir, venu d'on ne sait où!" Emma illumine le patio et sort. Devant le portail en fer forgé elle voit une silhouette qui attend en faisant les cent pas. Elle appelle:

" Monsieur Debar?"

- Bonsoir Emma, dit-il de sa voix grave.

- Bonsoir, vous me surprenez Monsieur Debar! Je regrette de ne pas pouvoir vous recevoir chez moi ce soir, ce n'est pas dans mes habitudes de recevoir des étrangers la nuit, de plus ce n'est pas dans nos coutumes ici à la campagne qu'une jeune femme vivant seule reçoive un homme au beau milieu de la nuit, et je suis très respectueuse des traditions, dit Emma d'un seul trait comme si elle a mémorisé d'avance cette tirade.

- Ah! Vous me trouvez tout confus de vous avoir dérangée, mais j'ai pensé que….

- Eh bien il ne fallait même pas y penser. Répond-elle fermement.

- Je voulais dire, euh, j'ai pensé que je pourrai abuser de votre gentillesse j'ai besoin de quelques informations très importantes, insiste t-il.

Emma s'entend lui répondre:"Avec plaisir, demain à la sortie des classes vers quinze heures trente je vous attendrai au bistrot au centre du village". Après un silence la voilà qui ajoute: " Je me demande en quoi  pourrai-je vous être utile monsieur Debar?".

- Je vous en prie appelez-moi Olivier. Eh bien, Je ne connais pas le pays Emma.. et pour le moment je dois redescendre à Beyrouth où je loge dans un hotel. Je serai au rendez-vous demain et encore une fois je regrette infiniment de vous avoir dérangée. Bonne nuit. Dit-il tout embarrassé.

- J'éspère que vous ne me poserez pas un lapin comme lors de notre rencontre à Paris, dit-elle avec malice, ajoutant soudain:"Quel genre d'informations recherchez-vous? Et qui vous fait dire que je serai capable de vous aider?"

- Je regrette pour le rendez-vous râté de Paris. Pourquoi vous? Eh bien vous êtes la seule personne que je connais au Liban. En ce qui concerne les informations, je suis à la recherche de mes racines. Bonne nuit Emma, à demain.

Olivier se retourne pour monter dans une voiture de location mais Emma l'interpèle à nouveau:

- Mais de quoi parlez-vous? Quelles racines? Vous êtes Français et vos racines sont  Françaises!

- Oui je suis Français de nationalité, ma mère est Française mais mon père, mon vrai père est Libanais. J'ai décidé de le chercher, de le voir, de savoir qui il est, dit-il avec un brin d'amertume dans la voix.

A ces mots, Emma ouvre le portail de sa maison et sort et ils se retrouvent tous les deux en train de marcher dans la nuit fraîche dans cette allée bordée de peupliers qui mène vers sa demeure, Olivier se raconte, Emma écoute.

"Alice, ma mère était la fille d'un militaire Français établi à Beyrouth, dans le quartier de Jemmayzé, pendant le mandat. Elle avait 16 ans lorsqu'elle tomba amoureuse de son voisin un garçon de 17 ans, Albert, fils d'un riche commerçant Libanais très influent. Habitués à jouer ensemble dès leur plus jeune âge, les parents ne voyaient pas d'inconvénient à les laisser seuls s'amuser pendant des heures. Alice finit par tomber enceinte, c'est dire que les jeux n'étaient plus aussi innocents que les parents pouvaient le prétendre. Jeune et ne comprenant pas grand'chose à la vie, elle ne s'en rendit compte qu'au bout du cinquième mois lorsque son ventre devint trop rond pour la mince fille fluette qu'elle était. Sa mère s'affola, son père devint fou furieux et s'en prit aux Khoury les parents du jeune homme qui était apparemment mon père. En fin de compte et pour éviter que le scandale n'éclate, mes grands-parents paternels dûrent payer une coquette somme d'argent à mes grand parents maternels, mon père fut envoyé en pension et ma mère renvoyée en France pour accoucher dans le plus grand secret. Deux jours après ma naissance, elle fut forcée d'épouser Debar, un vieil ami de mon grand père, célibataire endurci, militaire de carrière, son aîné de vingt sept ans, qui s'était porté volontaire pour sauver l'honneur de la famille.

A quatorze ans, je ne m'entendais nullement avec mon père Auguste Debar, un homme autoritaire menant sa famille à la baguette, ne faisant aucune concession à quiconque. Ma mére était malheureuse n'osant se prononcer sur aucun sujet, délicate, il la terrorisait, s'en prenant à moi le plus souvent pour assouvir sa colère. Un jour je l'entendis lui faire des reproches et lui cracher son venin à la figure en disant combien il fut bon et généreux de l'épouser pour laver sa honte en adoptant son bâtard de fils. C'est alors que je décidai de quitter le domicile familial et de mener une vie de bohème. Je fis plusieurs boulots et menai une existence de misère. En fin de compte je me suis retrouvé chez un vieux couple sans enfants, ils me logèrent me nourrirent me donnèrent une éducation en échange de plusieurs services que je leur rendais avec beaucoup d'amour. Un jour, à Noêl, ils m'offrirent une guitare…….."

Cloclo

Fin du troisième chapitre. Continuer à partir d'ici.

 

Chapître 4

Est-ce le bon vin Libanais qui lui monte à la tête ou l'embroglio de la situation, voire son ridicule? Emma ne saura jamais le dire. Après les aveux d'Olivier qui lui sont tombés dessus comme une douche froide, elle se retrouve assise avec lui dans la salle de séjour à même le tapis, entrain de boire du vin et de manger du fromage Français comme des amis de trés longue date qui se retrouvent après une longue absence . L'alarme qui a sonné dans sa tête au début, au moment o? elle a invité Olivier dans sa maison, s'est tue soudainement et n'a plus aucune trace ni dans son âme ni dans son esprit. Olivier ne l'intimide pas seulement à cause de son physique mais aussi à cause de son histoire qu'elle ressasse dans sa tête comme le refrain d'une chanson. "Drôle de coincidence" pense-t-elle en sirotant son vin songeuse, "le destin cache de drôles de choses…Qui aurait cru que cet homme qui m'a fasciné le temps d'une escapade à Paris, serait aujourd'hui assis en face de moi, dans ma maison, sur mon tapis et aurait des origines Libanaises de surcroît"?

- Je ne sais comment vous aider, lui dit-elle, mais je ferai de mon mieux, je vous le promets

.- Vous êtes la seule à pouvoir m'aider, dit-il sur un ton trés las .

- Mais…Comment m'avez-vous trouvée? Lui demande-t-elle intriguée .

- Vous m'avez laissé vos coordonnées vous-mêmes …

- Moi? Sécrie Emma manquant de s'étouffer avec son vin .- Oui, vous …réplique Olivier dans un sourire. Rappelez-vous , je vous avais demandé de m'inscrire vos coordonnées à Paris, eh bien! vous m'aviez donné ceux du Liban …

- Ca devait être le cognac qui montait à ma tête ce jour-là, dit-elle en rougissant.

- Non, c'est le destin Emma. Dit-il avec tout le sérieux du monde, alors j'ai pris mon courage à deux mains et entrepris de venir au Liban.

- Drôle de vie! dit Emma en fermant les yeux dans un soupir.

- Quant à notre rendez-vous manqué ce jour-là, ajoute Olivier…

- Je vous en prie, ce n'est plus important , interrompt Emma…

- …Ma mère m'a fait demander à son chevet, poursuit-t-il comme s'il ne l'a pas entendue, malheureusement, à mon arrivée, c'était déjà trop tard.

- Je regrette …Je suis infiniment désolée, je …

- Pour rien au monde je n'aurai râté notre rendez-vous, croyez-moi !Un long silence s'installe entre eux, rythmé par le tic-tac monotone de l'horloge de sa grand-mère, accrochée au mur depuis presqu'un siècle.

- Je me suis senti soudain orphelin, dit Olivier en contemplant l'horloge. Ma mère toujours en vie, je n'ai jamais eu besoin de chercher mes racines puisqu'elle les incarnait à merveille, mais son départ a tout bouleversé.

- Cela pourrait prendre du temps vous savez? dit Emma tristement, nous n'avons pas les moyens existant en Europe et puis …

- J'ai le temps jusqu'à Noêl dit Olivier, après quoi je devrai rentrer à Paris pour le réveillon, c'est un contrat trés alléchant et important pour moi. Mettez-moi sur le bon chemin et je ne vous ferai pas perdre votre temps, promis.

Le lendemain, Emma commence son enquête à l'école. Le directeur de l'établissement, un vieux de la vieille qui a fait le tour de plus d'une école au Liban , lui donne les noms des directeurs actuels d'écoles situées à Beyrouth, avec un petit papier de recommendation au cas où elle en a besoin. Emma pense que, logiquement, Albert Khoury, le père naturel d'Olivier, a dû faire ses études dans l'une des écoles de Beyrouth puisque ses parents habitaient Jemmayzé. Donc, la recherche devrai commencer par là. Mais aboutira-t-elle? Plusieurs écoles ont été saccagées durant la guerre, que reste-t-il vraiment des vieux dossiers et archives? Emma ne s'attarde pas beaucoup sur ce point, elle ne veut pas être négative à priori et met la liste que son directeur lui a donnée dans son sac. Olivier et Emma se sont donc donné rendez-vous pour le lendemain : les mercredis, Emma termine ses cours à 13 heures . Elle ira donc à Beyrouth, passera prendre Olivier à son hôtel et ensemble ils commenceront leurs investigations.

Le Mardi, après les cours, Emma décide de se rendre chez Patricia, son amie d'enfance, sa confidente. Elle ressent en elle à nouveau la vie vibrer couler dans ses veines, dans ses gênes, dans ses cellules, vainement elle essaie d'ignorer ce phénomène. l'ankylose dans laquelle Emma baigne depuis presque 12 ans est presque vaincue.

- Je sens que je ne tiens plus les rênes de mon existence, dit-elle à Patricia après lui avoir raconté son histoire avec Olivier.

- Petite cachotière, lui dit Patricia avec malice, cette histoire date depuis l'année dernière et tu ne m'en as rien dit? Eh Bien! tu embrasseras trés fort Mrs.Olivier de ma part et tu lui diras combien je l'admire de t'avoir fait perdre enfin le contrôle de ton existence.

- Ne prends pas ce que je te raconte à la légère Pat, je suis trés confuse, tellement confuse que j'ai une sensation de nausée continue.

- C'est l'émotion ma chérie mais tu en as oublié le goût. Ne crois-tu pas qu'il en est déjà temps? Ton deuil a assez duré Emma …

- Mon deuil? Oh que non! C'est une question de conviction Pat, une arme, un bouclier, On ne m'y reprendra pas!- Mais pourquoi crois-tu tellement qu'à chaque fois que tu vas aimer quelqu'un, tu vas le perdre? Ca frise le ridicule! dit Pat agacée. Emma se tait,avale son café d'un trait, balancant son pied nerveusement et fronçant les sourcils comme si elle est sur le point d'exploser.

- De sa douce voix Pat lui dit: l'heure est venue pour que tu te reprennes en main et que tu fasses à nouveau partie des vivants.

- Je n'ai rien à reprocher à ma vie, réplique Emma, c'est vous autres qui le faites, pas moi.

- C'est parce que nous t'aimons et nous te regardons passer à côté ma chérie.- Pourquoi? Lequel parmi vous est plus actif que moi? Je travaille, j'apprends à faire de la peinture, je vais trois fois par semaine au club pour ma gymnastique, je voyage une fois par an au minimum, j'ai une vie sociale plus que remplie, malgrè tout, vous pensez que je passe à côté? dit-elle indignée.

- Et l'amour dans tout ça? C'est pour quand? lui demanda Pat avec précaution.

- J'ai vécu un trés grand amour que nul d'entre vous n'a connu. J'en garde encore la saveur sur ma peau et dans mon âme, son souvenir est tellement intense qu'il me nourrit jusqu'à présent.

- C'est le fantôme d'un amour Emma et tu le sais bien. Il est grand temps que tu le laisses en paix !Emma éclate soudain en sanglots. Pat ne bronche pas. Elle se tait par respect pour ses pleurs .

-Excuse-moi, dit Emma dans un hoquet, depuis hier je n'arrive plus à retenir mes larmes.

- Tu les as trop retenues Emma, ne le fais plus. Qu'elles sortent si besoin est, il n'y a pas de quoi t'excuser. Quant à moi, je n'ajouterai plus un mot à ce que je t'ai déjà dit: mon seul souci, mon souhait le plus ardent est que tu détruises ce mur que tu as construit à la porte de ton coeur depuis le départ de Karim, si ce n'est pour toi, fais-le au moins pour lui. Karim n'est certainement pas heureux de te voir enterrer ta vie et tes sentiments de la sorte. Karim est parti malgré lui Emma…ne le tue pas deux fois en lui montrant sans cesse tout le mal qu'il a laissé derrière lui sans le vouloir mais parce qu'un con de franc-tireur l'a voulu!

...Sa deuxième nuit à l'hôtel lui parut plus reposante. mille et une choses bourdonnent dans la tête d'Olivier. Emma lui plaisait beaucoup s'avoue-t-il. Elle dit des choses à son coeur que nulle femme n'a réussi à dire depuis voilà presque deux ans, à sa rupture avec Pascale après une liaison de quatre ans environ, rupture imposée par les parents de cette dernière. Pour eux, Pascale est trop " bien " pour ce chanteur bohême. Ni Pascale, ni lui-même n'ont pu surmonter cette séparation obligatoire. N'ayant pas les moyens de se marier et d'assurer à sa bien-aimée un foyer stable et sécurisant, force lui a été de se soumettre à la volonté de sa " belle-famille " et d'essayer tant bien que mal de se résigner au fait que Pascale n'est plus sienne.Emma a su en l'espace de quelques heures, réveiller ses sens endormis et endoloris et c'est grâce à elle ou à cause d'elle que l'idée de se mettre à la recherche de ses racines et origines Libanaises lui est venue à l'esprit, Sinon, aucune motivation ne l'aurait poussé à entreprendre ce voyage qui en plus va lui coûter les yeux de la tête. A la vue d'Emma chez elle, Olivier a réalisé que ses sentiments envers elle n'ont pas changé depuis la première rencontre à Paris. Sa confusion, son hésitation, ses yeux fuyant , son brin de timidité et sa douce pudeur mais aussi, son arrogance, sa confiance en elle-même, son regard profond et lourd de signification, le tourmentent comme un adolescent. Il a hâte que Mercredi arrive. Ce rendez-vous est pareil à son premier qu'il avait eu avec la toute première fille de sa vie à 15 ans. Il sourit en pensant combien ces d'émotions rajeunissent et combien la vie prend des couleurs irisées quand on pense à un être cher ou lorsqu'on est à ses côtés." Se peut-il que cette quête de mes racines et origines ne soit qu'un alibi, une excuse, dans mon inconscient? Et que tout ce voyage n'a de sens que parce qu'il porte le beau visage d'Emma? Suis-je entrain de tomber amoureux? Mon Dieu! Faites que oui! " murmure-t-il avant de sombrer dans un sommeil profond bercé par la douce promesse de revoir le visage d'Emma le lendemain…

Emma se surprend à penser à sa toilette et son look alors qu'elle se brosse les dents de bon matin. La brosse se fige un instant dans sa bouche puis reprend son rythme effréné cette fois, presque irrité. Elle s'habille avec soin, non qu'elle ne le fait pas d'habitude -coquette qu'elle est - mais ce matin-là , elle le fait avec plaisir voire avec amour. Emma ne se ment jamais à elle-même. Elle hausse les épaules dans un signe d'indifférence et pense aux paroles de Pat. " Et si je laisse les choses aller leur train sans trop les ruminer? " se dit-t-elle en posant son rimmel délicatement, " peut-être que tout cela n'aboutira en fin de compte qu'à une amitié profonde entre Olivier et moi. Pourquoi donc devancer les choses?" Cette pensée la réconforte un peu. Quelques instants plus tard, Elle termine son verre de lait, jete un dernier regard au miroir et sort.Les heures de cours lui paraissent interminables. La sensation de nausée la reprend fortement vers onze heures et demie. Le rendez-vous approche et elle est sur le point de tout annuler. " Je me sens mal , " se dit-elle , " j'ai le vertige, peut-être vaudrait-il mieux que j'aille à la maison me reposer? " Quand la cloche sonne l'arrêt des cours elle a un haut le coeur et manque défaillir :" Ca me rappelle lorsque j'ai présenté l'oral du bac français " pense-t-elle en souriant . Cependant, Elle fonçe vers sa voiture sans plus s'attarder sur ses idées et hésitations, "direction Beyrouth ! " dit-elle à sa Honda d'une voix qu'elle veut certaine," hôtel Alexandre, Achrafieh ! " Et la voilà qui démarre en volant presque!

Maya Habchi El Achkar

 

Chapître 5

 

Olivier regarde longuement le visage d'Emma, son regard miel et or, son nez parfait sa bouche sur laquelle se dessine une moue presque enfantine, sa peau blanche et et ses cheveux couleur de nuit. "Que tu es belle Emma!" Olivier le pense mais n'ose pas le lui dire pour ne pas l'effaroucher, toute sauvageonne qu'elle est. Au fond, c'est la première fois qu'il a l'occasion de scruter son visage aussi longtemps. Mais l'attente se fait longue et Emma s'impatiente:

-A te voir figé ainsi on te prendrait pour un somnambule, ça va? Allons-y.

Une fois en voiture Emma propose de visiter le "Moukhtar" du quartier de Jemmayzé tous les habitants sont recensés chez lui.

- Le Moukhtar, si tu veux c'est un peu le maire du quartier, il peux nous éclairer mieux que quiconque et ensuite nous irons voir le curé maronite qui possède tous les certificats de baptême et qui en principe est en relation avec toutes les familles de sa curée. Affirme Emma sûre d'elle-même. J'ai également la liste des écoles où nous pourrions poser les questions nécessaires.

- Devrai-je payer ces gens là pour leurs services? Demande Olivier.

- Non mais nous pouvons quand-même donner au curé un peu d'argent pour les familles en difficulté dont il s'occupe, peut-être que Dieu nous aidera dans notre recherche. Réplique Emma en ajoutant: Es-tu croyant Olivier?

- A ma façon, sans bigoterie. Répond Olivier avec un sourire, surpris par cette question.

Arrivés chez le Moukhtar, tout se passe rapidement. Olivier apprend que son père est toujours vivant, medecin de profession, qu'il est marié, son épouse étant une cousine éloignée, de la famille Khoury également, se prénommant Joséphine, qu'il est père de 3 enfants, ayant émigré à l'étranger depuis le début de la guerre du Liban. A la question: Pourquoi cherchez-vous ces informations? Emma répond, Les parents d'Olivier sont des amis de longue date, ayant perdus de vue les Khoury depuis la guerre, ils voudraient en avoir des nouvelles et rétablir les contacts amicaux.

Le curé leur donne des informations encore plus détaillées, Olivier sait à présent que son père né en 1926, s'est marié en 1962, et que sa soeur "Alice" est née en 1963, et ses frères jumeaux Fadi et Sélim en 1965. Le nom donné à sa soeur aînée est très significatif et Olivier en a presque les larmes aux yeux. Elle porte le nom de sa mère qu'Albert n'a sûrement pas oubliée après toutes ces années.

-Je ne cesse de me demander pourquoi mon père n'a jamais cherché à me retrouver et à me connaître? Se dit Olivier à voix haute en refermant la portière de la voiture. Pour mes grands-parents maternels j'ai toujours été le vilain petit canard, ils ne m'ont jamais aimé, toujours grondé et humilié devant tout le monde. Mon grand-père tenait à me mettre dans un pensionnat et puis, répétait-il sans cesse, "la vie militaire fera peut-être de ce faux rejeton un homme". Il n'y avait que ma mère pour m'aimer en secret, elle n'osait jamais le montrer ni me défendre des injustices qui m'étaient faites. J'ai fini par les haîr tous et j'en voulais tellement à ma mère, c'est ainsi que je suis parti sans même lui dire adieu.

-C'est une bien triste histoire Olivier, mais tu n'as pas le temps de t'appitoyer sur ton sort, maintenant il faut savoir où ton père a-t-il émigré avec sa famille. De plus j'ai faim et je vais te faire goûter les Falafels de chez Abou Antoun.

Emma et Olivier déambulent les rues du centre ville tout en dégustant leurs sandwiches sur les "Ah! que c'est bon! répétés d'Olivier qui fini par en avaler 3 d'affilée en intercalant des "Oh! Que c'est beau! Quelle architecture, c'est sublime!" admiratifs devant les édifices reconstruits et restaurés de la vieille capitale.

Le soleil s'est couché depuis longtemps et Emma rentre chez elle à Jeita après avoir déposé Olivier à son hotel. Enroulée dans son châle, à nouveau sur sa balançoire, Emma retrouve Toby affairé dans ses étoiles dans cette nuit automnale fraîche et claire. Elle se remémore chaque instant, chaque parole, chaque regard et soudain se rebelle à nouveau en se disant, "je l'aide à retrouver les traces de son père, point final. Il ne faut pas rêver ni donner libre cour à mon imagination". De là haut Toby la regarde attendri.

-Oui tu es belle Emma, la rassure-t-il, et ils sont nombreux à rechercher ta compagnie. Et puis tu es si intelligente. L'intelligence est un atout d'envergure, cela fait un peu peur aux hommes, mais tu es également entière et c'est ce qui me fait peur à moi, ton ami; tu es à la fois forte de ta beauté et de ton intelligence et fragile lorsque tu as tout donné et qu'il ne te reste plus rien. Ne t'en fais pas Emma, tu es mon étoile préférée, je ne te laisserai jamais tomber. Et voilà Toby qui lui envoie de là haut un baiser sur la joue fait de poussière d'étoiles. Soudain Emma se réveille de sa rêverie: Zut! Mes corrections!

Chaussant ses lunettes et corrigeant les copies de ses élèves, Emma s'acharne à lire et relire des lignes parfois inconpréhensibles, elle grogne et murmure des paroles inaudibles mais qui ne démontrent pas la satisfaction. Puis dans un mouvement d'impatience, elle respire profondément, mord son bic rouge et pense à la nouvelle tactique à adopter demain en classe pour motiver ses élèves dont certains ne se rendent pas encore compte du sérieux des examens qui les attendent. Quatre heures plus tard ayant accompli sa corvée, Emma se lève titubante, se laisse tomber lourdement sur son lit.

Le lendemain, pendant la récré de midi, Olivier l'appelle à son portable pour lui dire qu'en poursuivant son enquête, il a pu localiser un cousin paternel de son papa, Louis Khoury qui habite dans un quartier nommé abd el Wahab el Englizi et où il compte se rendre cet après-midi même. Emma est surexcitée par la nouvelle mais regrette de ne pas pouvoir accompagner Olivier avant la fin de la semaine, elle lui dit:

-le Liban est si petit et tout le monde connaît tout le monde, c'est un avantage que vous n'avez pas en France!

-Je t'appellerai Emma pour te donner les nouvelles de ma rencontre avec mon prétendu grand-cousin. Lui répondit Olivier.

Suivant les instructions d'un vieil épicier qui raconte avoir servi sous la bannière Française durant la deuxième guerre mondiale, Olivier se retrouve dans une impasse. Mais avant de rebrousser chemin, il tente de pousser une vieille porte en fer forgé toute rouilée et grinçante qui le mène à un petit jardin en friche abandonné depuis des lustres. Au fond du jardin, quatre marches d'escalier montent vers une porte en bois sculpté, la porte d'entrée d'une maison au charme typiquement Libanais comme il n'en reste plus dans tout Beyrouth, l'une de ces maisons écrasées par les immeubles modernes ou tout simplement rayées de la carte et des souvenirs des beyrouthins. Aprés avoir frappé à la porte, Le son de pas traînés et lents s'approchent et une petite vieille dame aux petits yeux bleus coquêtement habillée, collier de perle autour du cou, apparaît au seuil de la porte: Oui monsieur, vous désirez? demanda-t-elle dans un Français sans accent.

-Je m'appelle Olivier Debar je suis ici pour voir Monsieur Louis Khoury.

-Ah! Vous êtes Français? Dit-elle curieuse.

-Oui madame, je suis de Paris. Répond poliment Olivier.-Ah Bon! Moi aussi, mais je suis bretonne mariée à Louis depuis 50 ans, entrez puisque vous êtes mon compatriote. Appelez-moi Jeanne.

Sur la musique du quintet pour cordes de Schubert en Do majeur, venant en sourdine de l'une des chambres, Olivier entre dans une maison oubliée par le temps où l'odeur du bois ancien se mêle à l'arôme sortant de la cuisine. Bahûts, miroirs immenses, tapis persans jetés sur un sol de marbre ou accrochés au mur, grands fauteuils couverts de velours couleur lie de vin, coussins en aubusson, napperons en dentelle ou au crochet faits à la main pour le trousseau de la mariée, tables damascées et marquetées et le traditionnel portrait de l'aîeul au regard sévère, trônant au milieu du salon dans un cadre doré, sans oublier le lustre en cristal d'un mètre de diamêtre. Olivier est ébahi. Ces gens là ont dû vivre dans le luxe il y a des dizaines d'années! Que de choses ces murs ont-t-ils été les témoins, que de joies et de peines, que de chaleur! un foyer, une famille que je n'ai jamais eus, pourtant j'aurai tellement voulu appartenir à un cadre précis, un chez moi, un vrai, même pauvre, où j'aurai pu ressentir la chaleur et dormir comme un enfant, cet enfant que je n'ai jamais été. Non je ne cherche pas à récupérer mon enfance perdue, c'est trop tard maintenant, je me cherche moi-même. La mort de ma mère m'a amputé de ce qui me rattachait encore à la vie maintenant je n'ai plus pied, je suis au beau milieu de nulle part. Je voudrai connaître mon point d'origine pour prendre un nouveau départ, le bon.

Olivier se surprend à parler à mi-voix quand soudain une voix grave le réveille de son délire:

-Monsieur Debar vous avez demandé à me voir!dit solennellement Louis Khoury. Un septuagénaire en pleine forme, grand, sans beauté mais très distingué, brun, yeux verts et aux cheveux sel et poivre.

-Bonjour Monsieur balbutia Olivier, je voudrai vous demander des informations concernant votre cousin Albert.

-Ah! Et pourquoi pensez-vous que je donnerai des informations à propos de mon cousin à une personne que je ne connais absolument pas? Veuillez vous présenter monsieur.

Olivier tout embarrassé déclare que son père, Auguste Debar était un camarade de classe d'Albert, son ami intime; que son père lui en avait tant parlé et qu'il avait pensé le rencontrer et ramener du Liban des photos d'Albert à son papa malade. Olivier est tout étonné de la rapidité avec laquelle il vient de débiter ce mensonge. Une première leçon bien apprise d'Emma.

-Alors ces deux coquins étaient ensemble au Lycée Français! Répond Louis en hochant la tête! Mais plus tard Albert fut envoyé au pensionnat de Antoura.

-Et pourquoi changea-t-il d'établissement scolaire? demande Olivier.

-…Euh! brusque retard scolaire j'imagine….raconta Louis cherchant à cacher la vérité à Olivier. D'ailleurs-Pousruit-il- il fit des siennes à Antoura et pésenta son bac au moin 2 ans de suite! Puis, une fois rentré à Beyrouth, il redevint comme avant l'élève brillant qui se présenta à la faculté de médecine et fut l'éminent médecin connu et aimé des riches et des pauvres. Mais avec cette angoisse au coeur, comme s'il avait dans sa vie quelque chose d'imcomplet qu'il devait achever, et cette rage de voyager de vivre ailleurs. La guerre lui donna la bonne raison et il s'en alla sans regarder derriere lui, sa femme et ses enfants, voulant rester au pays, dûrent le suivre un an plus tard lorsqu'ils comprirent qu'il ne reviendrait plus jamais.

-Où vit- il à présent monsieur Louis? S'il vivait encore au Liban je me serai fait un plaisir d'aller prendre quelques photos pour les ramener avec moi.

- Ah mais en France! Il vit à Paris depuis le début de la guerre. Je le visite tous les ans car ma femme est Française, elle va en Bretagne visiter sa famille et moi je reste à Paris chez Albert. Nous nous sommes toujours bien entendus depuis notre enfance Albert et moi, de plus nous avons le même àge…..Alors les photos vous les ferez sur place!

Louis continue de parler mais Olivier ne l'écoute plus. Son père Albert vit à Paris depuis 27 ans! Il a dû peut-être le côtoyer dans la rue, le métro au restaurant et ne l'a pas reconnu. Il a peut-être chanté pour lui une de ses chansons qui parlent d'amour impossible ou du mal-être et du besoin d'être aimé comme un enfant…

- pratique-t-il toujours la médecine à Paris? demande Olivier.

-Actuellement il est à la retraite mais donne toujours des consultations pour les sans abri, il fait ce qu'il peut pour aider, c'est un homme au grand coeur,s'épanche Louis.

-Monsieur Louis, je vous remercie infiniment de m'avoir accordé ces quelques minutes de votre temps, j'éspère retrouver Monsieur Albert à Paris et nous rencontrer un jour prochain. Avez-vous ses coordonnées?demande Olivier.

-Non, pour la simple raison qu'Albert va déménager prochainement, il m'enverra son adresse dès qu'il sera installé.

-Oui, mais actuellement où vit-il?s'enquiert Olivier.

-Pour le moment il habite un apartemnet au 17 rue Brémontier, un bon quartier familial et calme, face au métro Wagram.

Olivier est tout chose! Il ne sait plus que penser et que ressentir, c'est trop beau pour être vrai, c'est trop rapide, c'est tout simplement fou ….Merde! se dit-il, merde et merde!

Louis accompagne Olivier jusquà la porte d'entrée, en vrai gentleman, les hommes promettent de se revoir un beau jour à Paris.

Cloclo

Fin du 5e chapître, continuer à partir d'ici

Chapitre VI


Le portable d'Emma retentit comme une sirène d'alarme. Oh! Cette sonnerie est si désagréale! Je devrai la changer contre une normale qui ne me fasse pas sursauter à chaque fois. Emma se trouve en pleine rêverie et conduit sa voiture presque par instinct sans vraiment se concentrer sur la route.
- Allo! dit-elle presque énervée.
- C'est moi Emma, je suis pressé, je t'appelle pour te dire que je prends le premier avion pour Paris.
- Mais...essaie-t-elle de demander, Olivier lui coupe la parole:
- Tu auras de mes nouvelles, merci infiniment Emma. Et Olivier raccroche laissant Emma bouche bée, interloquée, déçue et au bord des larmes.
"Il est devenu fou. Ils le sont tous. Egoiste, sans scrupules. Je n'ai rien compris! Quelle mouche l'a piqué? Et il s'en va comme ça sans crier gare!!!Eh bien tant mieux et bon débarras."
Emma est perplexe ses sentiments sont confus, d'un côté elle est complètement désemparée du départ si précipité et inélégant d'Olivier et d'autre part, son coeur est soudain plus léger du poids de l'amour naissant."Bon débarras" se dit-elle encore une fois, maintenant elle peut reprendre son traintrain quotidien, une routine sécurisante et si chère à son coeur. Mais cette situation n'est pas aussi simple qu'elle le paraît, Emma s'en rend compte. Il ne lui reste qu'à attendre des nouvelles d'Olivier. Et s'il lui arrive de disparaître? Dans ce cas il vaut mieux ne pas attendre, l'oublier tout bonnement est la meilleure des solutions. Mais le pourra-t-elle? La vie continuera bon grè mal grè.


Les soirées se font de plus en plus fraîches et Emma ne peut plus prolonger ses rêveries sur la véranda de la maison paternelle, scrutant les étoiles tout en suivant des yeux Toby toujours affairé mais attentionné. Dans quelques jours les coussins de la balançoire se retrouveront dans la cave pour la saison hivernale, et Toby fera à Emma ce qu'elle appelle "des clins d'étoiles" à travers les vitres de la maison. Mais la communication ne s'arrêtera pas pour autant, car, le soir lorsqu'elle ferme les yeux, et pense très fort à son ami céleste, elle le voit évoluer dans ses champs de diamants.
Ce soir, Emma se sent abandonée, elle est malheureuse mais elle a honte de se l'avouer. Ayant beaucoup à faire avec ses nouveaux élèves, Emma prétend pouvoir oublier assez rapidement ce beau visage d'homme mûr, sa voix grave et chaude, sa délicatesse et sa sensibilité à fleur de peau, et ces yeux…..des yeux d'un vert intense, ceux d'un homme qui après des années de galère s'est soudain retrouvé au milieu de nulle part, seul dans cette foule humaine, n'intéressant personne ni par sa vie ni par sa mort, un homme qui passe inaperçu car n'ayant pas d'ombre le rattachant à ses pas, pas d'odeur, insignifiant, rendu translucide par l'indifférence de ses semblables. Un homme plus très jeune mais qui cherche des attaches concrètes, et qui malgrè tout garde au fond de lui l'éspoir de trouver celui dont il porte les gènes en plus de frères et soeur, enfin, cette cellule soudée que les autres appellent famille, qui se réunit autour d'un nouveau né en riant et pleure à l'unisson lorsque quelqu'un s'en va.


Il fait nuit depuis longtemps déjà, les rues de Paris sont froides et humides, il a plu. Olivier sort du métro Wagram rue Brémontier, Paris dix-septième.
-Ma famille à moi est ici toute proche. Se dit Olivier qui n'arrive pas à rentrer chez lui. Il rôde, fatigué, sa petite valise à la main, ensuite, épuisé, fini par rentrer dans cette vieille chambre d'hotel qui lui sert d'abri, le coeur et l'esprit confus.
Affalé sur son lit, tout habillé, Olivier s'assoupit, sa dernière pensée le renvoie chez Emma.
-Elle comprendra, j'en suis sûr lorsque je lui ferai mon récit. Et Olivier s'endort ainsi sans bouger jusqu'au matin.


Il est huit heures du matin, Olivier consulte le bottin trouve le numéro de téléphone, s'enquiert, trouve l'adresse. Ses mains tremblent, et maintenant que faut-il faire? Comment aborder un père qu'on n'a jamais connu après plus de 50 ans? Comment se faire connaître et accepter des ses frères et soeurs et de l'épouse de son père? Connaît-elle l'existense de ce premier enfant? Des tas de questions se bousculent dans la tête d'olivier qui se décide donc à adopter une approche en douce.


Olivier se transforme en sans abri et passe sa première nuit à la belle étoile, premièrement pour surveiller les allées et venues de son père qu'il a reconnu après avoir demandé à la concierge et deuxièmement pour pouvoir l'aborder, car Louis, le cousin Libanais a bien dit qu'Albert s'occupe de la santé des sans abris. Au petit matin, Olivier se promet de ne plus jamais passer une nuit de plus à grelotter dans la rue.

Les journées se succèdent, tous les jours, à la même heure, la silhouette d'Albert apparaît au seuil de l'immeuble, il est grand, distingué, accuse un léger embompoint, brun, à la démarche lente mais droite. Olivier ne l'a jamais vu de près. Albert rentre à midi, pour n'en ressortir que vers cinq heures de l'après midi et rentre vers huit heures du soir. Ce soir là Olivier, la peur au ventre décide de le voir de plus près, alors, il le suit dans sa tournée qui va l'emmener d'un endroit à l'autre, mais Olivier manque de courage et le col monté du manteau d'albert ainsi que son chapeau et son foulard l'empêchent de voir les traits de son père quelles que soient ses manigances.
-J'ai retrouvé mon père mais il n'a pas de visage. Se dit Olivier. C'est comme dans un mauvais rêve!
Sur ce Olivier prend son courage à deux mains et aborde Albert de face en lui demandant:
-Monsieur, avez-vous du feu?
-Non mon ami, je ne fume pas, vous gagnerez à en faire autant. Répond Albert, un rien autoritaire.
Olivier regarde son pére en face pour la première fois et écoute l'échos de sa voix se répéter dans sa tête jusqu'à l'infni.
-Vous allez bien monsieur? Vous êtes pâle! Venez je vous offre un verre pour vous réchauffer au café d'en face, dit Albert en tapotant sur l'épaule d'Olivier qui le suit comme un somnambule sans rien dire.
Devant le porto, la conversation s'engage et la pâleur d'Olivier s'estompe. Albert a de petits yeux bruns, brilliants au regard perçant et très intelligent, un nez aquilin et une grande bouche aux lèvres charnues. Olivier ne ressemble en rien à son père sauf, la voix! Ils ont tous les deux la même voix!
-A vous entendre parler Olivier, j'ai l'impression de m'écouter moi-même! Avez-vous remarqué la ressemblance de nos voix? remarque Albert.
-Oui Albert, qui sait, nous avons peut-être un aieul commun, répond Olivier faisant semblant de rire.
-Eh bien, il ne faut pas en rire mon ami, en vérité vous pourriez être mon fils ou celui de mon frère ou de mon cousin qui sait? Tout est probable. Et maintenant, que vous êtes bien réchauffé, enchaîne Albert, je vais rentrer chez moi, et si jamais vous avez un problème de santé, venez me consulter au siège de l'association dont je vous ai parlée. Portez-vous bien.
Olivier voit s'éloigner la silhouette de cet homme au grand coeur qu'est son père, il est tellement fier d'être son fils même dans le secret. L'image de sa mère, blonde et fluette lui revient à l'esprit, pâle et souriante, douce et si vulnérable….Combien aurait-elle pu être heureuse avec Albert! C'était l'homme qu'il lui fallait. Adolescents, ils l'avaient comprit un peu trop tôt …..


Ce soir, se dit Olivier, je vais appeler Emma et tout lui raconter. Olivier heureux comme un enfant s'en va en chantant regagner sa chambre d'hotel. Tout lui paraît nouveau et les lumières de la ville qui commencent à s'allumer lui semblent plus brillantes qu'à l'ordinaire. Paris lui sourit à nouveau. Ah! Emma si tu savais!!!!!! Je suis l'homme le plus heureux du monde, une chanson est née, ce soir je vis Emma, fredonne Olivier sans se soucier des passants qui le regardent. Et soudain, en travarsant la rue, Olivier est ébloui par la lumière provenant des phares d'une voiture roulant à tombeau ouvert.


Cloclo

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Chapître VII


Soulagée, Emma referme le dossier contenant les copies de ses élèves. " Enfin! Ils commencent à comprendre qu'il est indispensable de suivre un plan précis dans une analyse de texte. " dit-elle à sa collègue Souad assise à côté d'elle dans la salle des professeurs. " Je suis satisfaite des résultats du premier contrôle ".

- Mes élèves aussi ont enfin pigé, mais il y a un décalage dans ma classe, certains élèves sont incapables de formuler une phrase correcte tandis que d'autres sont excellents et c'est ce qui rend mes heures de cours pénibles. Répond Souad preplexe.
Et la conversation se poursuit ainsi jusqu'à la sonnerie annonçant la fin des cours. Emma va retrouver Pat son amie de toujours pour déjeuner. L'invitation de Pat n'est qu'un pretexte pour faire parler Emma, et cette dernière le sait et se laisse faire car elle a besoin de dire ce qu'elle a sur le cœur.
- Cela fait quinze jours Pat, et je suis sans nouvelles d'Olivier, alors s'il te plaît cesse de lui trouver des excuses. Lance Emma quelque peu renfrognée. C'est un homme qui a la cinquantaine mais qui, d'après ce que je vois ne sait pas vraiment ce qu'il veut ni ou il va, il court apès un rêve, une obsession, je ne sais quoi, ne va jamais droit au but et ne termine jamais un projet entamé, n'a aucune ambition et ne fera rien de sa vie, d'ailleurs à son âge, c'est un peu tard à mon idée.
- Au fond tu as raison Emma, réplique Patricia, laisse faire le temps, un jour prochain tu auras réponse à tout et tu seras fixée sur ses sentiments et sur les tiens. D'ici là, nous n'allons pas perdre notre temps à nous morfondre, que dirais-tu d'une partie de Scrabble ?
- Bonne idée ! Répond Emma avec un enthousiasme voulu.
Le soir, enroulée dans un grand châle de laine, enfouie dans son canapé devant la télé, Emma s'acharne sur le remote control : " Non mais c'est débile ! Rien que des histoires d'amour? Des couples qui s'embrassent, font l'amour et vont s'entretuer ensuite. Ah ! je commence à en avoir marre ! ". Emma se léve et devant la baie vitrée se met à admirer le ciel du soir qui fait ses adieux aux dernières lueurs du jour dans une symphonie de couleurs flamboyantes et chaudes. " Bientôt Toby viendra allumer les premières étoiles, Toby mon ami sans visage qui s'amuse à arborer le regard émeraude d'Olivier, des yeux qui disent " je t'aime " impunément…. Emma en a froid dans le dos.
Entretemps à Paris, dans une chambre d'hopital, un homme se réveille d'un coma profond. Il ouvre de grands yeux verts et son regard flou et incertain est assailli par la lumiére blanche d'un lustre ovale accroché au plafond, ses yeux se referment. Incapable de se mouvoir, cet homme entend sa propre respiration, une respiration bruyante et rythmée accompagnée d'autres sons électroniques comme provenant d'un film de science fiction, le tout se confond dans le cerveau encore engourdi d'Olivier. Soudain il est pris de panique et ne comprend rien à ce qui arrive, les sons électroniques se font plus rapprochés, alarmants, Olivier a peur mais ne sais pas pourquoi, son cœur bat trés fort, il tente de bouger, impossible, il est ligolté, il s'agite, une douleur lui déchire la poitrine….
-Olivier, réveillez-vous, dit une voix féminine et douce, je suis là, tout va bien, vous vous en sortez, bravo Olivier, vous revenez de loin, ouvrez les yeux……Je suis Sara votre infirmière. Le docteur arrive il sera content de savoir que vous nous revenez. Allez, restez avec moi……
On s'affaire autour de lui, Olivier est dérangé par ces bruits qu'il entend dans son cerveau, des sons amplifiés; des mains le touchent on le manipule, il est gêné, il va vomir…..On l'a débranché et il respire tout seul, soudain, tout se calme autour de lui.
- " Il est tiré d'affaire " dit une voix d'homme auprès de lui. Laissons-le se reposer.
Quelques heures plus tard, Olivier est réveillé par un infirmier venu lui faire une injection.
-Bonjour Olivier, heureux de faire votre connaissance! dit l'infirmier en souriant.
- Bonjour! articula Olivier les lèvres sèches. Je suis à l'hopital?
Eh oui mon ami, mais à présent vous vous portez comme un charme et vous rentrerez bientôt chez vous.
-Depuis combien de temps suis-je ici?
-Une quinzaine de jours.
-Ah! s'étonne Olivier. Je ne me souviens de rien, que m'est-il arrivé?
-Vous avez été renversé par une voiture, mais rien de bien grave, quelques côtes cassées et une bonne commotion cérébrale.
-Oui! Je me souviens à présent !!!….Les phares…..Mon père…J'étais avec mon père.
-Personne n'a demandé de vos nouvelles, la propriétaire de l'hotel où vous logez nous a dit que vous n'avez aucune famille.
-Mon père…si j'étais avec mon père peu avant l'accident. dit Olivier la mémoire lui revenant brusquement, Il est au 17 rue Brémontier voudriez-vous le contacter, il s'appelle Albert Khoury, C'est un vieux médecin.
-Ne vous en faites pas nous le ferons tout de suite.
Tout se bouscule dans la tête d'Olivier, un visage lui revient sans cesse, celui d'Emma. Une vague sensation l'envahit, Olivier est inquiet et ne sait pas encore vraiment pourquoi mais il fait l'effort d'y voir plus clair.
Quelques minutes plus tard, l'infirmier revient annoncer à Olivier que la famille Khoury a déménagé depuis une semaine sans laisser d'adresse… Au fur et à mersure, les idées d'Olivier deviennent de plus en plus claires et il se souvient de ce que Louis, le cousin de son père lui a dit à Beyrouth : " Albert va déménager prochainement, il m'enverra son adresse dès qu'il sera installé. " Mais Olivier sait où retrouver son père, à l'association où il prend soin des sans abris, Albert l'ayant pris pour tel le jour de leur rencontre.
Durant les deux derniers jours passés à l'hopital, Olivier est continuellement obsédé par l'idée de sortir et de pouvoir enfin appeler Emma au Liban pour entendre sa voix et lui raconter ce qui s'est passé. La connaissant elle doit être furieuse contre lui. D'un autre côté, Olivier se met à hésiter à relancer son père pour lui annoncer qu'il est son fils. Au fond quel est la priorité actuelle dans sa vie, revoir Emma , aller vers son père, ou les deux à la fois? Il ne le sait plus lui même, après tout, Emma autant que son père pourraient le rejetter ou l'accepter. Il sait qu'il doit se décider et tenter le tout pour le tout, mais la peur existe et il n'a aucune envie de se retrouver plus seul qu'il ne l'a jamais été. Alors, enfin sorti de l'hopital, il appelle Emma et se prépare à la laisser déverser tout son venin contre lui, se sentant en quelque sorte coupable de lui avoir causé du chagrin durant cette attente interminable sans nouvelles et sans explications.


Cloclo

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Chapître VIII


Olivier sent qu'Emma est trop distante à l'autre bout du fil . C'est vrai qu'il s'y attendait mais n'empêche que ça lui fait mal . Elle répond par des oui et des non trop brefs et ne montre aucune compassion quand il lui raconte à propos de son grave accident .
- Vous savez ? dit-elle enfin en stressant sur le " vous " , vous auriez dû être romancier et non chanteur ! Vous avez une imagination du tonnerre .
Olivier a le souffle coupé par tant de sarcasme mais il n'en démord pas . Il sait et réalise qu'il n'aurait jamais dû partir sans la voir . Quelque chose en lui lui dit qu'il ne faudrait plus perdre cette feme à n'importe quel prix et pour qui que ce soit , fut-ce son propre père …car Emma n'a été que gratuité et générosité depuis qu'il l'a connu . Elle l'a reçu dans sa vie , sa maison , son quotidien comme personne ne l'avait fait auparavant. Alors qu'Albert , son père , qu'avait-il fait pour lui depuis 50 ans ? Absolument rien ! Il n'a même pas cherché à le trouver avec sa mère , ne fut-ce que par curiosité …Qui sait aussi quelle sera sa réaction aujourd'hui , une fois qu'Olivier lui racontera toute la vérité ? Entre un passé douloureux , enfoui , oublié , personnifié par albert et un futur prometteur , sécurisant et stable personnifié par Emma , nulle hésitation ne devrait se présenter à ses yeux . Définir ses priorités est déjà un grand pas pour lui ! Et Emma devrait être sans aucun doute , la priorité de sa vie .
- Ecoutez , je sais que tout cela vous semble invraisemblable et incongru , je ne m'attendais pas à moins …Vous avez toutes les raisons du monde de m'en vouloir Emma , j'ai agi en pur égoiste mais je vous en prie , ne me traitez pas de menteur , je ne pourrai pas le souffrir …
- Je ne vous traite de rien répliqua Emma sèchement , tout ce que je vous demande c'est de me foutre la paix , je n'ai rien à faire avec vos origines et tout le baratin ….ma vie est assez compliquée sans ça . Bonsoir M. debar ou plutôt Adieu .
Le clic de la ligne lui fit l'effet d'une gifle . il avait mal escompté la réaction d'Emma . Il resta coi pendant quelques minutes avant de raccrocher violemment . Sa chambre d'hôtel lui parut soudain étouffante , comme si le plafond pressait sur sa poitrine . " Quel gâchis ma vie " murmura-t-il en se passant la main nerveusement dans les cheveux . il sortit pour prendre l'air et penser pleinement à la tournure que prenaient les évènements …
****
Emma dans sa chambre tremblait comme une feuille . Des larmes amères lui coulaient sur les joues . Larmes de déception , d'amertume et de solitude . Quelque chose en elle voulait croire Olivier et tendre à penser que ce qu'il lui a raconté n'était que vérité pure …Mais , tout en elle criait le contraire : confiance et hommes n'allaient pas de soi dans son dictionnaire .Elle en avait trop vu dans ce domaine avec ses copines . Pour oublier sa mésaventure et jeter le tout derrière elle , elle s'acharna sur les copies de ses élèves sans demander son reste .
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Olivier pénétra le bâtiment de l'association des sans-abri comme mû par une force surnaturelle . Quand il quitta son hôtel , son intention était de déambuler dans les rues au hasard , ses pas le guidèrent vers l'association à son insu . Si Emma était de perdue , au moins qu'Albert soit de retrouvé !
A sa grande déception Albert n'y était pas . Il ne reviendrait pas avant le lendemain matin , lui dit-on .
Tout ce monde réuni dans cet établissement lui donna des sueurs froides dans le dos . Démunis , seuls , abandonnés , infortunés , ces gens-là attendaient quoi encore de la vie ? Au moins lui , avait sa guitare et ses chansons …
Soudain , une idée fit tilt dans sa tête . Pour se rapprocher d'Albert sans susciter sa méfiance , pour mieux le connaître , il lui faudrait un alibi . Il ne peut quand même pas l'aborder et lui débiter tout de go qu'il est son fils …albert l'enverrait sûrement paître !!! Sa guitare et ses chansons seront donc son libi : il va proposer à son père de venir 2 fois par semaine à l'association animer les après-midi de ces pauvres sans-abri en leur chantant et leur créant une ambiance de fête . Bénévolement bien sûr . L'idée lui parut astucieuse et il se sentit tout allègre d'y avoir pensé . albert ne saurait refuser une proposition gratuite comme celle-ci .
Il quitta l'association avec un nouvel espoir au cœur et se rendit au restaurant le plus proche o? il dévora un déjeuner bien mérité . Le lendemain , l'entrevue avec Albert fut très réussie . Ce dernier se rappela de lui et Olivier crut y voir un signe positif . Il accueuillit sa proposition avec beaucoup d'enthousiasme et Olivier qui avait amené sa guitare avec lui , proposa de commencer tout de suite .
Le petit monde de l'association fit cercle autour de lui et Olivier entama d'abord des chansons de sa propre création . Puis , chacun à son tour demanda une chanson favorite et Olivier s'y soumit de tout cœur . A lbert assistait à ce manège souriant et ravi . Quand la fête fut terminé ,un peu avant le dîner , il tapota l'épaule d'Olivier avec beaucoup d'affection et lui dit :
- Je ne sais pas pourquoi vous faites cela mon fils , mais ce que vous faites pour ces gens est grandiose .
Le mot " fils " secoua Olivier . Il en eut presque les larmes aux yeux . albert remarqua sa gêne et se reprit vite :
- Vous ai-je importuné par ma remarque ?
- Non , balbutia Olivier , mais depuis que je suis né , il y a de cela 50 ans , personne ne m'a qualifié de fils …Voilà ! A jeudi M. Khoury !
- C'est cela , à jeudi , dit Albert en le suivant des yeux étonné par sa réponse .
Dès qu'il fut dans la rue , Olivier sut ce qu'il lui restait à faire . La séance passée à l'association et réussie de surcroit , lui fit l'effet d'une bombe et le remplit d'un courage nouveau . Il décida de réaliser son 2nd projet au plus vite …
****
Emma souffrit d'une insomnie atroce pour la seconde nuit consécutive . Même Toby n'arrivait pas à calmer sa révolte et son angoisse . elle alluma sa lampe de chevet et l'eteignit plus d'une fois . Le reveil-matin avait l'air détraqué , ses aiguilles semblaient paralysées . Le temps était comme suspendu . Lorsque l'aube pointa , elle se leva esquintée , se fit faire une grosse tase de café et des compresses pour les yeux .
Appelera… n'appelera pas …répétait-elle sans cesse dans sa tête lourde et bourdonnante . " Peut-être ai-je été trop cassante et trop blessante avec lui ? " pensait-elle tantôt , " trouvera-t-il encore le courage de me relancer ? " Puis elle se reprenait soudain en pensant : " Non mais pour qui me prend-il ? Pour une novice ? Adieu et bon débarras , je n'ai que faire avec des enfants immatures de la sorte ! "
A sept heures , elle quitta enfin sa léthargie et se fit couler un bon bain chaud puis se prépara pour aller à l'école . Elle prit son porte-document , ses clefs et ouvrit la porte de l'entrée avant de pousser un cri de surprise et d'effroi . Un homme se tenait sur le perron avec un colis à la main et s'appretait à sonner .
- Qui …qui êtes-vous ? articula-t-elle toute secouée .
- J'ai un paquet pour vous arrivé de Paris par courrier rapide , veuillez signer ici s'il vous plait !
Elle prit le paquet avec des mains encore tremblantes , griffona son nom n'importe comment sur le papier et se dirigea vers sa voiture en se demandant qui pourrait être le destinateur . Elle mit le contact à sa voiture et en attendant qu'elle chauffe pour démarrer , elle ouvrit le colis et …
- OH ! s'écria-t-elle sur le point d'étouffer .
Une bague assez fine et ciselée sertie d'un petit diamant en forme de cœur brillait dans un écrin en velours gris .
Un petit papier plié en quatre qu'elle se dépêcha de déplier et sur lequel elle lut affolée : " Je vous aime ! Je vous attend ! Epousez-moi ! … "Signé:" Olivier ".

Maya Habchi El Achkar


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Chapître IX

 

 

CLOCLO

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